Philippe Meirieu : classe verte…
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Il avait l'habitude d'être tête de Turc, Philippe Meirieu est désormais tête de liste. Accusé par certains d'être à l'origine de tous les maux de l'éducation nationale, mais promu
"personnalité d'ouverture" par les Verts, le pédagogue conduit la liste Europe Ecologie en Rhône-Alpes pour les élections régionales de mars 2010.
Sa désignation, le 7 novembre 2009, a été un plébiscite : à 85 %, les délégués verts de la région ont cautionné une proposition initialement formulée pendant l'été par Daniel Cohn-Bendit.
L'engagement écologiste de l'intéressé n'est pas entièrement nouveau puisqu'il a participé à la campagne présidentielle de Noël Mamère en 2002, puis à celle de Dominique Voynet en 2007. Lyonnais
de longue date, il n'est pas non plus parachuté. Sa candidature consacre l'entrée en politique d'une des personnalités les plus connues des milieux de l'éducation en France. Les plus
controversées aussi.
Nouvelle vie, nouveau look : Philippe Meirieu a rasé, le jour de son 60e anniversaire, sa moustache argentée. Il a troqué la lecture de Freinet pour celle de iPhone pour les
nuls et a emprunté, check-up complet à l'appui, 750 000 euros pour financer sa campagne. Désormais entouré d'une équipe de militants de moins de 25 ans de moyenne d'âge, il fait les marchés
et confie : "Plus ça va, plus j'aime ça."
A travers la mouvance écologique, fortement marqué par le catholicisme social, il retrouve ses engagements de jeunesse. Né à Alès (Gard) dans une famille de la classe moyenne mais de la
"droite dure", sa seule licence d'adolescent était de fréquenter l'aumônerie de son lycée : dans les années 1960, le plus court chemin vers les idées subversives.
De retour en politique, le catho de gauche n'est pas - ou pas encore - devenu un tueur, mais ne répugne plus à rendre les coups. Il faut dire qu'il a beaucoup encaissé. Professeur en sciences de
l'éducation à l'université Lyon-II (Lumière), ancien directeur de l'Institut national de recherche pédagogique (INRP), puis de l'Institut universitaire de formation des maîtres (IUFM) de Lyon, il
incarne, dans la querelle de l'école, le camp des pédagogues, opposé aux tenants de conceptions plus traditionnelles, appelés selon les cas "républicains" ou
"anti-pédagogistes".
Ces derniers lui ont taillé un costume : "destructeur des savoirs". L'affaire s'est cristallisée lorsqu'il fut chargé par Claude Allègre, en 1998, de présider le Comité d'organisation de
la consultation "Quels savoirs enseigner dans les lycées ?". Il proposa des pistes de réforme, dont seulement certaines furent retenues, mais paya cher - au prix d'une hostilité décuplée envers
sa personne - cette proximité avec un ministre détesté des enseignants. Partant des deux principes-clés qu'il défend, celui de l'éducabilité (tout être est éducable) et celui de la liberté (nul
ne peut apprendre s'il ne le décide pas lui-même), ses adversaires traduisent : l'élève "construit seul ses savoirs".
L'accusation se décline souvent dans l'outrance. SOS-Education, une association libérale, publie sur Internet une bande dessinée qui le présente en "Super Pédago", démolissant une
cathédrale aux commandes d'un bulldozer avant de se réjouir : "L'important c'est de laisser toute la place à l'enfant, afin qu'il puisse construire la culture de demain." Mais l'extrême
gauche n'est pas plus tendre. Et l'inclassable pamphlétaire Jean-Paul Brighelli va jusqu'à mettre les voitures brûlées en banlieue sur le compte des "ravages" de sa pédagogie.
Sur le plan universitaire, il n'est que modérément défendu par ses pairs, qui ne goûtent ni son éclectisme ni sa propension à récuser tout scientisme sociologique ou didactique. Le philosophe de
l'éducation Denis Kambouchner, contradicteur qui, dans Une école contre l'autre (PUF, 2000), l'a contesté de manière courtoise, moque le flou de ses positions. Toute critique de Meirieu,
dit-il, s'expose au risque d'avoir "tort de vouloir ignorer qu'il vous a par avance donné raison".
Désolé de le voir différer la rédaction d'un traité de pédagogie, son "maître", le Franco-Genevois Daniel Hameline, lui aussi philosophe de l'éducation, le taquine : "Qu'allez-vous faire en
politique, vous qui êtes si enclin à épouser les raisonnements de vos adversaires ?" L'adversaire Brighelli a son explication, qui n'est pas amicale : "Toujours habile à réorienter ses
idées dans le sens du vent, il se range sous la bannière de ceux qui sont actuellement en pointe..."
Toutefois, si les anti-Meirieu foisonnent, les "pro" aussi. De nombreux enseignants de base se reconnaissent dans sa défense de l'humble "bricolage pédagogique". D'autant plus attaqué
que sa cote d'amour paraît résister à toutes les avanies, l'homme est aussi respecté qu'il est vilipendé. Même par des adversaires de poids, comme Xavier Darcos, avec qui il a mené en 2003 dans
Deux voix pour une école (Desclée de Brouwer) un brillant et éclairant dialogue.
Dans la voiture qui, un soir de décembre 2009, après une journée de cours à l'université, le mène à la cité médiévale de Pérouges, dans l'Ain, où l'attendent quelques dizaines de militants du
cru, le candidat téléphone sans discontinuer, plongé dans les bisbilles régionales des écolos. "Allons, tu ne vas pas me menacer, non ?", dit-il à un interlocuteur, renvoyant un autre au
"respect d'une décision démocratiquement votée", assurant à un troisième : "on aura besoin de ton talent", puis s'emportant contre "le folklore régionaliste savoyard
".
Dans la salle de la mairie, Philippe Meirieu rappelle ses engagements associatifs, assume d'avoir longtemps "travaillé avec le Parti socialiste" avant de se lasser des "propositions
qui se perdaient dans les sables". Suit une rude séance de questions pointues sur l'actualisation du plan Rhône, la filière bois, l'éco-conditionnalité des aides aux entreprises, le chemin
de fer Lyon-Trévoux... Il sèche sur quelques points, renvoie sur ses collaborateurs comme un ministre fraîchement nommé et conclut par une vision d'apothéose :
"Imaginez que nous passions au-dessus du PS dans deux ou trois régions, quel séisme politique !"
Les sondages le font talonner la liste PS emmenée par l'actuel président de région, Jean-Jack Queyranne. Sur le Net, une vidéo hostile le poursuit, profitant de ses bourdes pour clamer que sa
connaissance des dossiers rhônalpins "semble très superficielle". Mais le candidat est un "apprenant" qui apprend vite... Meirieu le pédago était sur la défensive. Meirieu l'écolo est Ã
l'attaque, avec le détachement de celui qui n'avait rien demandé et qu'on est allé chercher.
Le pédago était encombré de ses bagages. L'écolo a les mains libres. On continue de l'accuser d'avoir sabordé l'éducation, il sera plus difficile de lui attribuer le réchauffement
climatique.
Luc Cédelle
Philippe Meireu/Bio
1949
Naissance à Alès (Gard).
1969
Enseigne le français et la philosophie dans un lycée privé.
1974
Obtient, en candidat libre, son diplôme d'instituteur.
1976-1986
Enseigne à Saint-Louis-Guillotière, collège expérimental privé de Lyon.
1983
Soutient sa thèse d'Etat : "Apprendre en groupe ?".
1998
Préside le comité d'organisation de la consultation sur les lycées.
2001-2006
Directeur de l'IUFM de Lyon.
2010
Tête de liste Europe Ecologie en Rhône-Alpes pour les élections régionales.
http://abonnes.lemonde.fr/elections-regionales/article/2010/02/01/philippe-meirieu-classe-verte_1299553_1293905.html
Cher Philippe
Tout en maintenant, contre bien des vents et marées, ma fidélité politique à Ségolène Royal, je vous souhaite un très bon résultat dans votre combat régional
Par amitié tout simplement... Et parce que nous sommes, tous les deux, des hommes LIBRES!
Christophe
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